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Jan Mestdagh dans "La révolte désespérée de Bob De Groof" (1989)

...Bob De Groof est peintre du vingtième siècle. Cela sous-entend qu'il n'évite pas l'aliénation de ce siècle, qu'il ne se refuse pas de peindre la violence et les catastrophes. Simultanément il est peintre de l'ultime révolte désespérée, aussi d'une tendresse voilée. Car même si la beauté a brûlé son visage, suivant la parole de Lucebert, mûtilée elle continue à vivre. Dans la poésie âpre du blues par exemple, dans la musique tourmentée (mais triomphante) de Parker et de Coltrane, dans les rythmes rebelles du rock et du reggae. Et cette beauté, qui a traversé les enfers, ne soulage non seulement les larves, les rats et les reptiles mais aussi - qui sait - les hommes...

...La spontanéité avec laquelle les jeunes peintres réagissent contre l'art cérébral de leur prédécesseurs est une spontanéité amère et presque désespérée. Elle s'est nourri, elle s'est même empoisonné par le souvenir aux nombreux échecs des révoltes sociales et artistiques du passé. Il est en effet symptomatique que la memoire de l'assassinat de Garcia Lorca reste vivant dans l'ouvre de Bob De Groof: les blessures de ce siècle refusent de se cicatriser.

...Bob De Groof n'illustre pas un recit, illustration qui, de toute façon, resterait en-dessous de la réa1ité. Même si la personnalité de l'artiste est l'exponent d'un contexte social et historique, elle ne peut en être la réduction. Par conséquent, l' ouvre de Bob De Groof constitue non seulement un témoignage, maïs en même temps un cheminement, une quête vers sa propre idendité. Ses traumatismes se transforment dans la couleur en stigmates qui, à leur tour, prennent forme d'hiéroglyphes, des signes qui, tout en restant lisibles pour le spectateur, dissimulent plus qu'ils ne montrent. Nous sommes ici devant le paradoxe inhérent à toute expression artistique : l'artiste ne se confond jamais avec son ouvre , ce sont justement ses créations les plus authentiques qui se révèlent à lui en énigmes.

C'est ce décalage qui stimule sa créativité par de nouvelles impulsions. Alors l'atelier n'est plus refuge ou sanctuaire, mais devient plate-forme de sortie vers l'extérieur : le peintre se fraye un chemin vers la toile inconnue, vers son moi inconnu...

 

 

 

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